Château éternel (06/2022)

Le château éternel

Pentecôte 2022. Ce voyage dédié à l’exploration urbaine se profile depuis maintenant six mois. Recherches, étapes, base de vie, kilomètres, dépenses… Tout est calculé mais nous nous laissons une marge de manœuvre en cas de surprise météorologique ou entrée impossible sur un des lieux.
Le soleil de midi tape sur nos crânes fatigués (route + échec au premier lieu) lorsque nous nous engageons dans le petit sous-bois. Une fois la clôture franchie, nous traversons le champ, évitons un ruisseau caché, puis un troupeau de vaches nous prenant pour leurs propriétaires. J’accélère le pas espérant éviter leurs meuglements et ainsi rester discret.
Enfin, nous sommes au château, l’herbe jusqu’à la taille. Nous cherchons une entrée.

Le Château éternel
Le Château éternel

Dès nos premiers pas à l’intérieur, nous comprenons qu’il n’y en a finalement pas. Le plafond est descendu au niveau du plancher. Poutres, pans de murs, carrelages et parquets gisent au sol et nous les enjambons pour avancer. Tout en sortant mon matériel, l’impression me vient d’être comme dans une sorte de cathédrale mi-végétale et mi-minérale. Tout là-haut, seul un pan de toit résiste et protège un unique grenier. J’y aperçois une bâche et me questionne alors sur sa présence là-haut alors que tout s’est effondré.
Les poutres, recouvertes de mousse, bloquent certains passages. Je contourne, grimpe sur des gravats pour passer. Là, un noisetier pousse incongrument. Un autre perpétue l’ascension entamé par son copain, en poussant depuis le 1er étage.
Dans les pièces éventrées, je remarque que subsistent quelques dorures, moulures et  décorations. Elles apportent un joli contraste avec les parties effondrées. La brutalité dans laquelle s’enchaîne ces différentes parties du Château éternel rappellent un bombardement, du moins une destruction violente.

Le Château éternel
Le Château éternel
Le Château éternel
Le Château éternel

Par un petite porte entrouverte, je devine une pièce plongée dans le noir. Je m’y glisse tant bien que mal et découvre alors la cuisine du château. Elle me semble bien petite pour un tel édifice mais les autres pièces étant tellement détruites que nous ne pouvons en deviner l’usage. Dans cette cuisine, une unique fenêtre fixe ouvre vers l’extérieur de la propriété. Elle est entourée d’une petite fresque, certainement peinte à la main, représentant une vigne. Je retrouverai la même fresque plus tard dans une sorte de petite niche. L’ensemble est beau mais l’emplacement de la fenêtre ne permet pas d’éclairer complètement les lieux. Bizarre.
Un escalier mène au sous-sol mais en réalisant que j’ai laissé ma lampe dans la voiture, je ne m’y aventure pas plus. Et puis, l’exploration dite “sombre” ne m’intéresse pas finalement.

Le Château éternel
Le Château éternel

Je ressors de la cuisine et m’engage sur un monticule de poutres et morceaux de sol afin de passer dans la pièce attenante. J’y passerai une bonne demi-heure, subjugué par ses détails, sa forme, ses lumières et bien sûr son état de destruction. Elle est comme coupée en deux. À ma gauche, une cheminée ainsi qu’un tas de gravats, de plâtre, de terre et autres. Sur la droite, les murs d’un bleu très pâle, une grande fenêtre aux toiles d’araignées épaisses, puis les moulures et décorations.
La dichotomie de cette pièce est tellement forte, que je n’en cherche pas la fonction première. Salon, chambre, boudoir… Je n’en sais rien. Mais je photographie. Pour une fois, j’ai pris mon trépied, prends le temps de réfléchir au cadrage et aux réglages. Puis je procède en entonnoir : plan large, rapproché puis gros plan. Je termine les prises de vues sur un sublime papillon que je prends d’abord pour un monarque. Mais ce n’est pas du tout le bonne région, ni même le pays je crois.

Le Château éternel
Le Château éternel
Le Château éternel

Je n’ai plus aucune notion du temps, ni même du bruit francilien auquel je suis habitué, dans le Château éternel. Le silence est total et n’est que troublé par les oiseaux ou grillons environnants. Je relève la tête, vérifie que j’ai bien visité tout l’intérieur puis rejoins mon camarade d’exploration. Il est pour nous temps de filer. Nous devons encore rouler et explorer un hôtel abandonné.

En repartant, nous apercevons enfin le reste du château. Son entrée couverte de lierre, les autres pièces détruites et peu accessible… Une serre et une grange sont également présentes sur le terrain mais nous ne parvenons pas à y accéder, sans doute pressé de voir le lieu suivant. En m’éloignant, planté au milieu des herbes hautes, je photographie l’ensemble au smartphone. De retour à la voiture, je me restaure à près de 13h passées, alors que Tim fait décoller son drone.

Le Château éternel
Le Château éternel
Le château éternel
Le château éternel

Pouvoir explorer le Château éternel est une petite victoire pour nous. Surtout après l’échec de la fin de matinée, où repérés par un propriétaire et après échanges, nous avons bien évidemment respecté sa volonté et quitté les lieux sans faire de photos. Mais tout de même déçus de ne pas avoir pu photographier le lieu, si beau.

Quelques photos au drone dont le crédit revient entièrement à Glauque Land.

Pour la petite histoire

Le Château éternel est construit au XVIIe siècle, notamment la façade et l’aile droite. L’aile gauche, quant à elle, est rajoutée un siècle plus tard, au XVIIIe donc. L’ensemble est construit sur une cave voûtée du XIIe siècle. Il faut donc croire que j’ai loupé quelque chose.
Son état actuel serait dû à un incendie il y a maintenant plus de trente ans. Cette information semble erronée si l’on en croit les vues aériennes ci-après. En 2000, le toit et le parc du château sont intacts.

Je pourrai poster d’anciennes cartes postales du Château éternel, mais cela serait trop risqué et dévoilerai sa position. De plus, certains logiciels font, de nos jours, de remarquables miracles en recherche d’images. Si un jour le château est réhabilité ou totalement détruit, je me permettrai alors d’agrémenter cette petite partie historique.

En ce qui concerne les vues aériennes avec Remonter le temps, elles ne me semble pas assez détaillées pour être exploitables et ne nous renseigneraient pas beaucoup plus au final. Néanmoins, en voici quelques-unes.

1978
1985
1996
2000

Ne cherchez pas d’infos de localisation ou une partie histoire détaillée sur ce lieu, je n’en donnerai pas ni n’en publierai tant que le Château éternel sera abandonné. Respectons-le pour la vie qu’il accueillit jadis, pour les gens qu’y vécurent et pour son éventuelle future vie (destruction, réhabilitation…).

Toutes les photos de la visite

Urbex  - Le Château éternel