Entrepôt du Faisan (05/2022)

Levé depuis maintenant quatre bonnes heures, il est seulement 9h30 mais mon ressenti tend plutôt vers 16h. Déjà trois lieux n’ont pas voulu de moi. Le premier, un hôtel (muré et cadenassé), le second un hôpital également fermé. Deux échecs à la suite, c’est trop, je commence à désespérer. En route vers un troisième lieux, je remarque un entrepôt dont la façade est grignotée par le lierre. Je m’arrête à l’écart, m’équipe et pars en exploration. À ce point de ma journée, désespéré d’entrer enfin quelque part, je suis décidé à voir ce que cache ce lierre.

Le gravier fait un tel vacarme sous mes pieds que je crains déjà d’être repéré. Mes pas se font plus feutrés. Au loin, sur un ancien parking, je remarque une vieille camionnette. Un bon point pour l’abandon du lieu. Mais un buisson cache une voiture plus récente. Oubliée, parking sauvage ou propriétaire ? J’hésite et entre dans le premier bâtiment à ma portée.
La première salle révèle un ensemble d’armoires électriques, de boutons et panneaux indicatifs. Un plan montre comme un circuit de chauffage, de fluides ou d’énergie. Puis, je remarque l’inscription “Réfrigération porcs”. Donc l’entrepôt serait potentiellement un élevage ou un lieu de transformation de la viande. Vitres brisées, végétation envahissante, armoires tagués, laine de verre au sol… L’ensemble des critères d’un lieu abandonné est réuni. Je l’ai enfin cette exploration tant attendue, après avoir été tant refusée.

Ayant vite terminé le tour de ce petit local technique, je ressors et tente d’entrer dans la deuxième partie de l’entrepôt. Je croise des gravas, des palettes de conserves en décomposition, des portes dégondées et toujours ce lierre galopant. Me faufilant dans un interstice, me voilà enfin dans la deuxième partie.

Aux murs roses et aux tôles transparentes verdies, l’ambiance est spéciale bien que très colorée. J’entrevois très vite un couloir menant à de gigantesques chambres froides dont les lourdes portes sont toutes ouvertes. On dirait presque des coffres forts de banque, comme dans les films. Les chambres froides sont vides, mais dans l’une d’elle je tombe sur des documents. Après lecture, il s’avère que l’entrepôt semble avoir été celui d’une société de création (ou transformation) d’aliments pour collectivités.
Reparti dans l’autre sens, j’entre dans un pièce qui indique plutôt une activité d’élevage que de transformation alimentaire. De petites stales semblaient accueillir les porcs (ceux mentionnés dans le local technique). Aucun autre élément ne viendra confirmer ou infirmer mes suppositions. Je reste donc sur la théorie floue d’une entreprise alimentaire pour les collectivités.

Je tourne, passe, repasse et retourne dans ce dédale de murs roses. En effet, des travaux ont laissés des ouvertures dans l’organisation d’origine. L’espace servait clairement à la préparation alimentaire et la découpe de la viande. Mais là, c’est un labyrinthe. Dans ces nouvelles ouvertures, rien ne semble cohérent; aucun schéma ne se détache clairement par rapport à l’ensemble. Terminant quelques clichés, je m’apprête à sortir de l’entrepôt.
Les gravats traînent au soleil à l’extérieur puis sur ma droite, un bruit de gravier… Mon cœur saute un battement, mais ce n’est finalement qu’un chat qui s’aventure ici dans l’entrepôt. Farouche et sauvage, il s’éclipse rapidement.
Remarquant un escalier, je me rends compte finalement que je n’ai pas fini de voir l’intérieur. Mais ce ne sera que des sanitaires, des anciens bureaux vides et des accès rapide aux chambres froides.

Dehors, je croise un faisan. Décidément, la faune sauvage des abords urbains est bien présente. Un escalier plein de lierre attire mon attention. Beau, solide, parfaitement envahi par la végétation. Il me rappelle toutes ces séries et ces jeux post-apocalyptiques. Je l’emprunte, prudemment, mais la porte en haut est fermée.

Je repars et m’approche de la dernière partie non explorée, près de la camionnette.
La voiture garée est vraiment trop récente, mais les portes vitrées semblent ouvertes. Un affiche pour le port du masque obligatoire sur l’une d’elle m’indique que ce n’est sans doute pas si abandonné que ça. Mais j’entre tout de même… Le grincement si sonore de la porte et le bruissement d’une conversation téléphonique me font rebrousser chemin. Je repars à ma voiture tout en donnant quelques coups d’œil derrière moi. Rien.

Je me dirige maintenant vers les derniers points de la journée. Le premier est difficile d’accès. Un kilomètre, le tour d’un champ de jeune maïs, un pile de tuile, des ronces…. Tout ça pour une simple grange. J’enrage.
Le dernier est devenu un jardin partagé pour les locaux. C’est beau, même si intérieurement je fulmine. Ce jour ne sera pas fait d’explorations urbaines insolites.

Le lendemain, en repassant devant l’entrepôt du faisan, la voiture est partie, les stores baissés et le portail d’accès fermé ! Quelle drôle d’exploration ! Écourtée mais tout de même un peu intéressante, mais si elle conserve le goût d’un lot de consolation. Néanmoins, je veillerai sur cet entrepôt. Son futur m’intéresse.

Ne cherchez pas d’infos de localisation ou une partie histoire détaillée sur ce lieu, je n’en donnerai pas ni n’en publierai tant que l’entrepôt du Faisan sera abandonné. Respectons-le pour la vie qu’il accueillit jadis, pour les gens qu’y vécurent et pour son éventuelle future vie (destruction, réhabilitation…).

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Urbex - Entrepôt du faisan