Manoir des Cairns (11/2021)

Cette exploration urbaine fut réalisée en collaboration avec Glauque Land et publiée en premier sur son site et ses réseaux sociaux. Merci à lui pour les coordonnées, la confiance et la visibilité donnée.

1er novembre. La météo semble clémente ce matin, le soleil se montre tout de même et le vent n’est pas trop fort. Comme prévu, nous partons aux alentours de 9h, le coffre chargé de nos sac à dos, trépieds, chaussures de marche et autres équipements. La pluie des derniers jours a détrempé la terre et il faudra très certainement nous salir pour arriver à nos fins.

Après une petite heure de route, nous arrivons en vue de la colline, repérée à l’avance. Nous nous garons en contrebas puis montons sur les hauteurs. La pente est rude, même les cyclistes peinent et poussent de tout leur poids sur les pédales.
Nous voilà enfin devant l’entrée. À gauche une tour puis un portail et à droite un bout de terrain donnant sur un petit corps de ferme. Les panneaux sont clairs : accès interdit au public, zone en réhabilitation. Il faut continuer à marcher. Pénétrer ici serait stupide et il y a forcément quelqu’un qui nous observe derrière ses rideaux. Plus loin, les maisons sont trop proches, là une clôture électrique, ici, une propriété privée. Finalement, nous empruntons un sentier de randonnée qui fait le tour du domaine.

Photos de l'entrée prises depuis l'intérieur du domaine.

Après quinze minutes de marche, je repère un passage escarpé sur la gauche. Quelqu’un est déjà passé ici. Je monte en premier, C. attends mon feu vert. Je repère des fils électriques, il y a quelque chose, c’est bon, allons-y. Notre progression est lente mais nous arrivons devant un mur. Un trou permet de poser son pied. C. étant plus léger, il passe en premier puis m’aide d’une main ferme. En peu de temps, nous sommes déjà trempés mais enfin en haut. Un chemin témoigne d’un passage régulier, nous tombons quelques mètres plus loin sur une cabane de fortune. Elle est habitée, mais le propriétaire est absent.

Nous suivons un chemin dans les broussailles sans trop de difficultés. Il y a du passage, c’est évident. Soudain, sur un petit tertre, une sorte de réservoir d’eau se montre. Comme un château enterré dont seul le faîte émerge. Un délicat jeu d’ombre et de lumière, œuvre du soleil matinal de novembre, embellit la scène.
En bas, des constructions, nous font penser à des bunkers. Cela ne serait pas impossible au vu de la situation du lieu : point culminant avec vue imprenable sur les alentours. Nous sortons nos appareils, rangeons nos manteaux et passons en mode exploration.

Devant nous, une tour (sans doute médiévale) se révèle. D’un diamètre de quelques mètres seulement, elle culmine à 70. Elle est comme fendue en son milieu. Je grimpe et accède à un étage où des ouvertures créent un poste d’observation. En contrebas, un espace étrange est entouré de cairns, faits de pierres moyennes mais stables. Les restes d’un feu de camp accréditent encore la thèse du lieu connu et visité. Le silence ambiant, troublé par quelques rafales de vent, ajoute a l’atmosphère paisible de la tour. Pour un peu, je me croirais dans un jeu de rôle vidéo fantastique, mon personnage faisant une halte bien méritée dans ses aventures.

Après quelques clichés, nous continuons notre progression et descendons la colline de la tour. Enfin sur terrain plat, nous voyons pointer des cheminées au dessus de la végétation. Autour de nous, dans des recoins, apparaissent régulièrement des cairns. C’est décidé, ils donneront leur nom au lieu.  L’ambiance est sereine et le soleil éclaire la scène. Il complique cependant nos prises de vues: ombres profondes et lumières vives sont difficiles à gérer.

Nous arrivons devant un manoir à deux étages à la façade ocre. De petits ajouts crénelés assurent l’illusion de tours de part et d’autre de l’entrée. Des barrières, certes peu dissuasives interdisent l’accès. C et moi contournons alors la propriété tout en continuant de photographier le Manoir. Nous cherchons un accès car il est toujours préférable de ne pas entrer par effraction.

Nous réalisons alors que nous étions a l’arrière de la construction. Ici, l’entrée est grande, vitrée et l’espace dégagé. Un cadran solaire est planté là mais ne peut remplir son office. Le marqueur est détruit, il n’y a plus d’heure indiquée. Comme si le temps n’avait plus cours, plus d’existence ici. Je remarque une date sur le cadran. 1802 ou peut-être 1892 au vu du style et de l’état du Manoir.
À droite, les restes de bassins de poissons et de canards trônent vides. Le réceptacle d’une petite fontaine est cassé mais posé délicatement. L’abri aux canards est vide, éclairé par le soleil en ligne directe. En face de l’entrée, une porte en pierre se révèle au beau milieu de la végétation. L’ancienne entrée du domaine ?

Après une bonne pause photo, nous entrons, par une barrière abîmée. L’intérieur du Manoir est en piteux état. Un incendie n’a laissé que les murs, peu noircis, mais a emporté les planchers du second étage et une partie de celui du rez-de-chaussée. Il faut être prudent.

La végétation a envahi certaines pièces, les tuyaux de plomberie sont sortis des murs et les poutres calcinées reposent en partie au sol.
Sur la droite, les pièces semblent avoir été les salons ou bibliothèques. Les fenêtres y sont grandes, parfois en bow-window. Dans le salon, les restes de la cheminée côtoient un Père-Noël tagué.


Au centre du domaine, les pièces d’eau et sanitaires. Une baignoire gît là, retournée et rouillée. Le sol n’est qu’un amas de débris qui craque sous les pas.Des radiateurs reposent ici et là comme des épaves échouées. Ils devaient être sublimes, des gravures les parcourent.

Dans ce qui semble avoir été la salle de bains, de curieuses ouvertures. Un œil de bœuf au dessus et comme une toute petite porte en dessous. Le tout en deux exemplaires. Deux i. Étrange.

Sur la gauche, cuisine et salle à manger. Nous ne pouvons qu’explorer une petite partie. Le sol a disparu et mène au sous-sol. La cuisinière est là, fier et resistante. Le feu ne peut la détruire, seulement la brunir. Retapée, elle marcherait sans doute comme au premier jour.
Les vitres sont le plus souvent recouvertes de lierre. La nature protège instinctivement le Manoir. Passez votre chemin, l’histoire des lieux ne vous appartient pas.

Nous faisons plusieurs fois le tour du Manoir. J’enrage, mon objectif (18-105mm) ne me permet pas de faire de grands angles. T. m’avait pourtant demandé de bien documenter le lieu. Finalement, je repasse dans les pièces, smartphone en main pour bien tout prendre en photo.

Déjà bientôt une bonne heure que nous explorons le Manoir des Cairns. Le nouveau changement d’heure perturbe un peu l’horloge interne et le temps passe vite. Nous décidons d’aller voir le sous-sol mais un amas de débris calciné bloque le passage. Je passe tout de même, C. préfère continuer a l’extérieur.
Evoluant courbé, j’entre alors dans les coulisses du Manoir. Cases et lieux de stockages des consommables apparaissent. Tableaux électriques, installation de plomberie, escalier calciné… Je marche sur les débris du premier étage qui, du fait de l’incendie, sont descendus ici. Je suis alors dans le sous-sol jusqu’à la taille, le reste est au rez-de-chaussée. Étrange sensation que celle d’être comme un passe-muraille. Regardant en hauteur, j’aperçois les cheminées du premier étage, suspendues, seules.
Par une porte, je remarque un petit cellier. Le fond est dans le noir. Il y a ici une ambiance particulière, sombre et sereine à la fois. On dirait une petite pièce dans laquelle on vient souffler, se cacher loin de tout, se reposer au beau milieu d’une tempête. J’imagine les confidences, pensées étranges ou interdites que les murs ont entendues.

Retour à l’air libre. Nous continuons à explorer plus en avant, vers l’entrée interdite du début. Les portes du domaine surgissent entre les arbres. Mais les murs d’enceinte si il y en existait, ont disparus. Ainsi seules, je les trouve mystérieuses, comme ouvertes vers un inconnu, comme un portail interdimensionnel. Soudainement à notre gauche, une chaise entre deux cairns. Décidément, ces constructions agrémentent le site de leur symbolique.
En arrivant près de l’entrée principale, nous nous rendons compte que la ville est tout prêt, de l’autre côté du mur. Visiter le petit corps de ferme serait trop dangereux, nous serions repérés. Cela sonne la fin de notre exploration urbaine.

Nous passons le mur chacun notre tour. D’abord C. puis moi. A la réception, je me heurte le genou et mon ami casse son téléphone resté dans la poche arrière de son jean. Cela gâche quelque peu le sentiment de réussite de la visite. Je reste tout de même heureux d’avoir eu le Manoir des Cairns pour moi tout seul, d’avoir initié C. a l’exploration urbaine (il a apprécié malgré sa peur de se faire attraper).

Redescendant fourbus à la voiture, nous remarquons une voie de chemin de fer qui s’enfonce sous la colline. Nous y faisons un petit tour mais rien n’attire véritablement notre attention. 

A LIRE

Ma visite chez Glauque Land
La partie Histoire du lieu par Tim (en bas de page)

Toutes les photos de la visite

Urbex - Manoir des Cairns